SANS TITRE - PROVISOIRE

 

Les histoires de huit jeunes qui ont dû quitter leur pays s’entremêlent. À travers leurs témoignages, ils interrogent une société qui résiste à devenir leur nouveau refuge. De et avec Hassan Amiri, Nasser Al Sarori, Aïcha Bouchareb, Kemmadou Diaby, Siabou Diagana, Mamadou Meite, Grace Mendes Lufuankenda, Weysel Yigit - Mise en Scène Johanne Gili.

 

 

FLY 20 mai

 

Ils viennent d'Afrique, d'Asie, du Moyen-orient. Certains sont arrivés seuls, d'autres ont rejoint de la famille. Certains étaient francophones, d'autre ne parlaient pas un mot de français. Ils avaient 13, 16 ou 18 ans. Tous ont du s'arracher de leur pays fuyant une économie délétère, une politique monstrueuse ou encore une guerre - souvent un peu de tout cela en même temps... Ils auraient beaucoup à en dire. Mais en se retrouvant ensemble par le biais de Réseau Education Sans Frontières, ils ont d'abord eu envie de témoigner de ce qu'ils avaient en commun : être ici et maintenant en France sans papiers.

Ça a donc été la première ligne du cahier des charges : dire ce qu'est la vie d'un jeune en France qui essaye de se construire malgré le rejet officiel qu'on lui oppose.On a répertorié les situations, repéré les dénominateurs communs, préservé les spécificités, vérifié les « détails » juridiques auprès des militants. Tout de suite, la peur et les indignités bien réelles qui l'inspiraient ont été convoquées : arrestations, expulsions, rudesses de la préfecture. Et puis aussi les situations familiales ou d'isolement, les difficultés de survie, le pilotage institutionnel de leurs désirs...

 

On a passé le tout à la moulinette de l'improvisation. Là, ils ont éprouvé le plaisir du jeu, chacun gagnant en recul par rapport à lui-même, opérant une translation de sa propre histoire sur les personnages interprétés et visitant de nouveaux angles de vue. S'amusant à travers l'acte théâtral à brosser des portrait d'eux-mêmes, de leurs oncles, de passants indifférents, de policiers et de fonctionnaires zélés, ils ont donné chair à des personnages dont l'épaisseur et la complexité se découvraient au fil des impros. Créant des connexions philosophiques rendues palpables sur scène, ils révèlent finalement par leur jeu, au-delà des dégâts personnels les plus évidents, les stigmates sournois que laisse à une société la maltraitance infligée à l'une de ses composantes.

Ensemble, on s'est inquiété de la forme théâtrale qu'allait recouvrir la pièce, de la compréhension et du plaisir qu'en tirerait le public. Une exigence tirée d'un constat fait dès les premières séances s'est vite imposée : « Franchement les gars, elles sont pas drôles vos histoires... » se disait-on entre nous. Pourtant, le rire était présent et ça dès les premières impros. Alors on a suivi tout en confiance les sourires bienfaisants des spectateurs-créateurs que nous étions pour imprimer à notre parole en construction une distance salutaire.

« Témoignage », le mot revient souvent pour décrire cette aventure théâtrale et il est plutôt juste. Mais s'il nous apprend sur eux et leurs conditions de vie, « eux : les jeunes majeurs sans papiers », ce travail nous appartient tout autant « à nous : les français avec papiers ». Comme dit si bien Mamadou : « Il n'y a pas que nous qui sommes mal à l'aise, eux aussi sont mal à l'aise, (…) c'est leur pays, la plupart d'entre eux n'aimerait pas voir la France dans cet état-là. »

Johanne Gili