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Projet participatif autour de la mouvance des identités menés avec des habitants des Quatre-Chemins.

 

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“Accepter la fantaisie, l’absurde, le saugrenu, et même l’inégalable bêtise (...) Se mettre en confiance et prendre comme des ressources inespérées le non-savoir, la maladresse, l’inavouable. L’imaginaire étant la chose du monde la plus partagée, ne plus jamais se diminuer, ni faire usage de termes d’incapacité : les blocages sont des noeuds de l’imaginaire. (...)” Hubert Haddad - Le nouveau magasin d’écriture.

Comment témoigner de ce qui a tenu une existence ? Comment rendre compte des chocs de civilisation intimes ? Comment se jouer des empêchements du quotidien ? En quête du petit supplément poétique... À la recherche de la perspective qui se décale...  Et toujours, nous tricotons le lien entre voisins. À suivre à partir de mars 15...

 

 

// QUELQUES TRACES DE LA LECTURE-PROJECTION DU 20 DÉCEMBRE À LA VILLA MAIS D'ICI //

Ici, dans la rue des Cités, au foyer de la Main Tendue, il y a des femmes.

Il y a des femmes qui aiment les betteraves, la viande, les bananes, la chaleur et le sourire de leur fils. Et d'autres, et les mêmes, qui n'aiment pas l’injustice, les carottes et le jus de pomme. Il y a celles qui aiment la vie et celle qui n'aime pas leur poids, qui n'aime pas la colère, qui n'aime pas les menteurs ni les rats. Dans la rue des Cités, il y a des femmes qui aiment leurs enfants, les ballades, le soleil & les vêtements de Monsieur Assani. Et d'autres, et les mêmes qui n'aiment pas quand leurs enfants font des bêtises, qui n'aiment pas la guerre, les coups de soleil, la pluie, l’oisiveté et les prises de tête. Il y a celle qui aime les gens, la ville, le brouhaha de la ville, le centre ville et qui aime la danse et aussi la montagne.

Il y a celle qui dit : j'aime ma mère et je n'aime pas quand on m'annonce sa mort.

 

  

Ici ? Ici, dans la rue des Cités, presqu'en face, sur l'autre trottoir, à deux doigts de la Main Tendue, il y a le foyer Allende. C'est là que vivent Jeanne, Irène, Marie-France, Josette, Nazare, Micheline, Victorine, Michèle et d'autres qui aiment jouer à la belote mais qui n'aiment pas monter au 13ème étage à pied.

Ni vieillir.

Et d'autres, et les mêmes qui aiment les épinards mais qui n'aiment pas avoir le nez qui coule, qui n'aiment pas quand le temps est gris et qu'on y voit moins bien, qui n'aiment ni les prétentieux ni les commérages ni le poisson ni les cris. Mais qui aiment la vie malgré tout, avec ses hauts et ses bas, qui aiment lire, chanter, manger et boire. Et d'autres et les mêmes qui aiment les singes, la bonne choucroute et le soleil. Et gambader dans les champs. Et la géographie.

Victorine, elle est née ici, à Aubervilliers. 80 ans sur le bitume dont 26 à jouer de la pédale à l'usine. Victorine se souvient comme si c'était hier de « la première fois où elle a vu le cirque à Aubervilliers, il y avait la parade qui défilait dans les 4 chemins. Il y avait les éléphants, les petits nains, les clowns et une charrette où se promenait la reine d’Aubervilliers : une personne âgée très maquillée. Sa grande robe était un peu retroussée et ses bas roulés avec une pièce de 10 francs pour les empêcher de tomber. » Victorine se souvient qu'elle n'avait pas trop aimé voir cette vieille femme ainsi attifée.

  

 

Ici ? ici, quoi ? Ici qu'est-ce ? Qu'est-ce qu'il y a ?

« Ici, il y a le ciel triste, comme toujours, il faut le regarder autrement. Il y a les pigeons qui laissent leur saleté partout et que Nazare, après 30 ans de vie dans 42 pays d'Afrique, avait complètement oublié. » « Ici, il y a le chien de Marie-France qui lui permet de sortir tous les jours et qui la fait marcher plus d'une heure par jour ce que recommande les médecins. »

Et de votre fenêtre, que voyez-vous ? « De ma fenêtre, je vois un terrain tondu. Ils ont tout coupé ce matin. Un vrai carnage ! Moi qui aime tellement la verdure ! » écrit Micheline. Hélène décrit : « De ma fenêtre, je vois des murs grandir et j'imagine que bientôt des habitants seront dedans qui attendent avec impatience un logement. Sans doute y'aura-t-il une grande famille avec beaucoup d'enfants ? Ça mettra de l'animation dans le quartier. (Quoiqu'aux 4-Chemins, c'est déjà assez animé). » « De la fenêtre de mon studio je ne vois pas grand chose, c’est une impasse. »

 

 

« De ma fenêtre, j’ai la chance de voir une forêt avec une belle cascade, où les animaux viennent se désaltérer. Je vois gambader les petits autour de leurs parents, j’ai l’impression d’être au Paradis, surtout quand un rayon de soleil vient se marier sur la cascade pour former un superbe arc-en-ciel qui monte jusqu’au ciel, pour enchanter les oiseaux qui me chantent leurs mélodies. J’ai envie de me perdre dans les fourrés, m’allonger dans l’herbe à regarder les insectes ou les écureuils qui font leurs provisions pour l’hiver. De ma fenêtre, j'ai l'impression d'être au paradis. » Marie-France

 

Ici, ça vit. Ici, on y est. Et pendant que nous en sommes, et puisque vous y êtes, une petite recette avant d'aller ailleurs voir si j'y suis.

 

 

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