bonshommes gare

 

Vœux et aveux ------------------

On aimerait bien dire de La Fine Compagnie que c'est un théâtre qui, tout à la fois, bouscule et console - aussi bien ceux qui le font que ceux qui le regardent. Et d'ailleurs -préciserait-on, avec la Fine Compagnie, la frontière est souvent mouvante entre ceux-ci et ceux-là.
On insisterait sur cette posture bancale où le potache le dispute au fondamental et où Grave et Joyeux sont deux frères siamois. On soulignerait les allers-retours incessants dans lesquels la Fine questionne le rapport au public, confronte fiction et historicité, marie inspiration du réel et plaisir manipulatoire de l'illusion. Là, on noterait qu'elle se donne les moyens de l'émotion spectaculaire (énergie du jeu, beauté des constructions, ingéniosités des mécanismes, recherches poussées en lumières, composition musicale sur mesure, travail sur l'image vidéo...) ; émotion spectaculaire dont elle se réclame tout autant qu'elle s'en méfie.
On conclurait en saluant sa démarche audacieuse
qui s'essaie à la conjugaison de 1000 et 1 langages.

 

Rapide historique ---------------------------

Créée en 2004 pour accompagner et cadrer le spectacle Vous Avez Failli être En Retard ! la Fine Compagnie s'est installée à Aubervilliers en 2006, d'abord à Rue de la Gare puis à l'atelier des Postes avant de rejoindre la Villa Mais d'Ici en 2011. Dans son stockage, outre ses marionnettes et ses vélos trafiqués, se trouve le petit chapiteau (construit pour VAFEER) qui reste un formidable outil de fête et de culture. Alternant les formes en rue, les spectacles en salle, les interventions et les projets de fond auprès de personnes aux histoires multiples (enfants, ancien-NE-s, résident-E-s en foyers, habitant-E-s des quartiers, exilé-E-s...), La Fine Compagnie s'acoquine avec d'autres structures depuis quelques années tel que le RESF, On Change Tout Demain et tout particulièrement les Estropiés de 2011 à 2015.

 

Ce qui nous meut / Ce que nous brassons ---------------------------

« Pourquoi, diable, meurt-on ? » Puisqu’elle ne le saura jamais, la Fine Compagnie se demande « Diable, comment vit-on ? ». Frappée par l’enjeu politique, elle met les doigts dans les rouages et sonde notre libre-arbitre, nos responsabilités et nos résistances. Avec le temps, la question se mâtine d'intime et s’exprime parfois dans une poésie fragile où l’effroyable s’évapore au coeur d'une heureuse bataille.

Les gabarits varient - petits, grands, participatifs, modulables -, se jouent partout - salle, rue, chapiteau, bar, laveries, musées - et les formes marionnettiques défilent allègrement - objets, main, mécanismes, images animées, marionnettes anthropomorphes de tailles et de factures diverses...
Cet amour pour la diversité des formes nourrit une autre passion ; la mise en perspective des actions et des pensées. Multiplier les angles d'attaque, créer des ponts entre des univers en apparence étrangers les uns aux autres, pour mieux produire des décalages riches de vie et de plaisir et ouvrir grand la porte à la circulation des idées...

à la recherche de levier à portée de mains, La Fine Compagnie s'empare de la création artistique (collaborative ou non) comme d'un outil précieux pour travailler à la poétisation des expressions, à la valorisation des existences et à la (re)connaissance de chacun comme sujet politique à part entière.
Ici, l'art est entendu comme capacité de transcender le réel, non pas pour le fuir ou s'en évader mais pour en prendre connaissance au-delà des premières impressions ; l'art à la fois comme moyens et fins d'expression ; mouvement circulaire qui va de la vie à... l'art, celui-ci s'inspirant de celle-là, la transformant dans un espace à part, hors du monde - avant de revenir s'y faire voir de plein fouet avec l'espoir -certes ténu mais toujours vivace- de la transformer à son tour...


Face à la nécessité viscérale de se saisir du réel,
La Fine Compagnie, insistante, incessamment s'essaie, et ceci sans zézayer,
à la conjuguaison de mille et un langages.